• Foire du livre de Namur

     

    Foire du livre de Namur

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    Michelle y sera bien sûr avec Thomas Robin et l'Ecorce d'Or Sourire

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    Certaines pierres peuvent cacher de terribles secrets......

    "L'Ecorce d'Or " : premiers points de vente indiqués dans notre colonne de gauche Sourire

    Tand co

    "La Porte d'Aval" "Les Poussières d'une Etoile" et "Le Miroir" peuvent être commandés chez :

    Chapitre.com

     

     

     

  • Le Maître des loups

     

     

    Thomas Robin

    "Ce que l'on cache au plus profond de soi ne peut renaître que par amour....

    (Michelle Huenaerts - le maître des loups)

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    "Comment pourrais-je qualifier ce qui m'est arrivé, comment pourrais-je l'accepter?

    Si déjà il n'y avait ces lettres...

    Déjà 4 ce mois-ci, 3 le mois dernier !

    Toujours signées par la même personne : " Professeur Pierre Robert - conservateur au musée de Gomezée le Château"

    Je n'ai jamais été capable d'en ouvrir aucune, je n'ai pas pu me résigner à les jeter.

    Elles restent donc là à me narguer sur le bureau...à attendre.

    Quand comprendra-t-il que je ne peux et ne veux être ce qu'il attend de moi.

    Ma main s'avance malgré tout pour caresser la dernière enveloppe.
    Une voix murmurant dans mon coeur : " de toutes façons, qu'as-tu à perdre puisque tu n'es rien..."

     

    Michelle Huenaerts- Le Maître des loups- novembre 2010

    Parfois certaines musiques sont proches de mes états d'âme....et donc de ceux de Thomas aussi Clin d'oeil

     

  • La miroir : partie 5

     

     

    Le Miroir

    partie 5

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    Chapitre V : Une vitre se brise

    Trois semaines plus tard, la jeune femme se précipita pourtant à la première heure chez ses parents.

    Edith était heureusement seule lorsqu'elle la trouva, Arthur peignait dans son atelier qu'il avait aménagé dans une serre à l'arrière de la maison.

    La jeune femme ne voulait pas le voir. S'il y avait bien une personne qu'elle ne voulait jamais décevoir, c'était bien lui. Elle savait qu'elle ne supporterait pas le moindre haussement de sourcil de sa part. Avec sa mère, les relations étaient quelques peu différentes, Gaëlle savait qu'elle pouvait tout lui dire et qu'Edith essayerait toujours d'inventer quelques mensonges pour la rassurer,

    des mensonges auxquels elle essayerait de croire de toutes ses forces. Elle se précipita dans la cuisine.

    -Maman, il faut que je te parle immédiatement !

    Edith sursauta et faillit lâcher le plat qu'elle tenait dans les mains, plat dont le contenu sentait d'ailleurs très bon.

    -Tu m'as fait une de ces peur ! Ne recommence jamais !

    L'air épouvanté de sa fille l'inquiéta cependant aussitôt

    -Qu'est-ce qui se passe ?

    -Il lui est arrivé quelque chose !Je suis sûre qu'il lui est arrivé quelque chose ! répondit Gaëlle qui semblait paniquée

    -Paul a eu un accident ?

    -C'est Vincent, maman !

    -Bon oui et alors ? Pour que tu sois dans un état pareil, il s'est sûrement fait écraser en voulant ramasser une pièce d' un cent dans un carrefour !

    -Il n'est quand même pas aussi radin !Pourquoi est-ce que tu le détestes autant ?

    -Oh ! mais je l'aime ma chérie(preuve qu'Edith savait mentir)

    -Oui, bon peu importe riposta Gaëlle peu convaincue, je ne parle pas de Vincent, il s'agit de Thomas !

    -Tu vas quitter Paul !

    -Pas Paul, maman, Vincent !

    -C'est vrai ? C'est jour de fête, je cours acheter une bouteille de champagne !

    -De quoi tu parles ? Il est question de Thomas, Thomas Robin !

    -Qui est Thomas Robin ?

    -Un acteur de cinéma......et il va avoir douze ans alors...

    -Alors, si je comprends bien tu ne quittes pas ton mari.

    Tu devrais ménager mon pauvre cœur, les fausses joies me tueront !

    Gaëlle n'était pas d'humeur à goûter l'humour de sa mère .

    Elle se laissa tomber lourdement sur une chaise, la tête entre les mains.

    Edith comprit qu'elle avait été trop loin

    -Raconte-moi ce qui ne va pas 

    -Je suis en train de devenir folle, voilà ce qui ne va pas !

    -Encore une vision ?

    -Ma vision de l'étang, maman, je l'ai vue en première page d'un journal le lendemain ! Et elle s'appelle Thomas Robin....le gamin dont j'ai vu le reflet existe donc bel et bien, sauf qu'il habite Londres, ce qui confirme qu'il est tout à fait impossible qu'il se soit trouvé à Gomezée Le Château

    Edith essaya de tempérer.

    -Disons plutôt que tu as fait un rêve lorsque tu étais dans le parc de Gomezée Le Château et que peut-être, le garçon que tu y as vu ressemble à cet acteur !

    Comment dis-tu ....... Thomas Robin ?

    Mais Gaëlle n'écoutait pas,elle poursuivait.......

    -Ce n'est pas tout, la veille, j'ai fait un cauchemar où il était question d'un lieu sombre et d'une valise qui dévalait un escalier, elle se transformait soudain en un petit miroir....... je pensais qu'il allait se briser sur une marche et j'étais terrifiée !

    -A cause d'un bête miroir ? Tu appelles cela un cauchemar ?

    Et puis, quel rapport avec le garçon ?

    -Le film dans lequel il joue s 'appelle « le Miroir »

    Edith sembla réfléchir.

    Gaëlle continua

    -J'ai voulu oublier toute cette histoire, je t'assure, et ça a marché pendant quelques temps, j'avais fini par me persuader que tout cela n'avait été que le fruit de mon imagination

    -Apparemment tu as changé d'avis et je crois que tu as eu tort !

    La jeune femme tendit à Edith le journal acheté trois semaines plus tôt et ajouta :

    -Il est «  trognon » n'est ce pas ?

    -C'est vrai, il n'a en tout cas pas une tête à faire peur, alors pourquoi te mets- tu dans un état pareil ?

    -J'ai peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose !

    -Même s'il lui était arrivé quelque chose, je ne vois pas en quoi ça te concerne !

    -Je ne pourrais pas le supporter !

    -Tu ne pourrais pas le supporter ? Tu plaisantes ?

    -Tu ne sais pas tout maman, cette nuit...... Tu te rappelles de mes problèmes durant cette année scolaire, je me réveillais chaque jour terrifié, je ne savais jamais pourquoi !

    Lorsque je fais des rêves, à présent, je m'en souviens, et dans les moindres détails, ils paraissent tellement réels !

    La plupart du temps, heureusement, ils sont seulement très désagréables.

    Je me promène dans un endroit sombre, je me perds et je me réveille......

    -Et les autres fois ? questionna Edit, plus intriguée qu'elle ne voulait le laisser paraître.

    -Il n'y a eu qu'une autre fois depuis, répondit Gaëlle, cette nuit......

    Le regard fixe, elle semblait visionner une scène sur le mur blanc de la cuisine.

    -Il y avait un souterrain, il semblait ne jamais finir, j'entendais un grondement, le sol tremblait légèrement, j'ai marché et......

    -Et ensuite ? demanda Edith.

    -Il y avait un escalier, toujours le même, je l'ai reconnu...mais cette fois, parallèlement à lui, se dressait un haut mur de briques, je l'ai suivi pendant un moment ...et j'ai soudain remarqué une grande affiche publicitaire sous verre, c'était pour une destination de voyage je crois...

    A ce moment là, j'ai tourné la tête et je l'ai reconnue.....

    -Quoi ?

    -La valise ! Une petite mallette brun clair avec une fermeture dorée et un autocollant jaune et bleu.

    Elle tombait, elle tombait comme la dernière fois...la scène semblait se passer comme au ralenti.

    J'ai regardé de nouveau vers l'affiche mais elle n'était plus là, il n'y avait plus que la vitre et dans son reflet....

    Gaëlle s'était tue

    -Qu'y avait-il, ma chérie, qu'as- tu vu dans la glace ?

    -Lui ! gémit la jeune femme en montrant à sa mère la photo du journal

    -Encore ?

    -Il m'a souri, il avait l'air si heureux.

    Je crois que je l'ai détesté à ce moment là, j'aurais voulu faire disparaître son image. J'ai pensé...Ce maudit gamin a tout, la gloire, l'argent, le bonheur, pourquoi faut-il en plus qu'il vienne me narguer.

    J'ai regardé de nouveau vers les marches et j'ai vu que la valise avait atteint le bas de l'escalier..... à ce moment là, le sol s'est mis à trembler de plus en plus et.......

    -Et ? 

    -La vitre a commencé à se fendre doucement, je ne savais pas quoi faire...Il....Il ne souriait plus, il avait l'air paniqué....et....et il a dit quelque chose !

    -Qu'est-ce qu'il a dit ?

    Gaëlle regarda Edith dans les yeux, elle sembla hésiter à lui répondre , puis.....

    -Il.....il a murmuré « Help me ! »

    J'ai crié : Thomas! Thomas !Pas ça non! Pas ça ......

    Comment ai-je pu lui souhaiter du mal comment ai-je pu....

    La vitre a éclaté en mille morceaux, mille morceaux de lumière qui durant une fraction de seconde ont éclairé le souterrain.

    Je me suis réveillée......S'il lui est arrivé quelque chose..... C'est juste un enfant et ...et je me déteste !

    Elle releva doucement la tête.

    J'ai peur pour lui, je ne peux pas t'expliquer pourquoi....C'est comme ça....Quelque chose qui me ronge....

    Edith sursauta subitement, elle semblait se rappeler quelque chose.

    Elle courut vers le salon et revint en tenant un magazine à la main. La page représentait une affiche de cinéma, en fait, celle du film « Le Miroir »

    Elle était presque totalement bleu et montrait Thomas Robin, basculant à travers un miroir géant dans un grand éclat de débris argentés.

    -La voilà, ta vitre brisée, tu as dû voir cette affiche quelque part ! Je savais bien que j'avais déjà vu c e gamin!

    Gaëlle semblait fascinée.

    -Je ne sais pas quoi dire, je ne comprends plus rien du tout mais une chose est sûre, je n'avais jamais vu cette image. Qu'est-ce que cela signifie ?

    -Que ce garçon est sûrement très riche, c'est tout !

    Et que c'est le seul mal qu'il lui est arrivé....

    Tu dois arrêter avec cette histoire, essaye de penser à autre chose, je ne sais pas moi........

    Mais Gaëlle ne l'écoutait déjà plus, elle était retombée dans ses pensées dont l'unique contenu était en ce moment Thomas Robin. Elle aurait voulu le chasser de son esprit mais rien à faire, impossible !

    Elle passa pourtant la matinée chez ses parents à essayer de s'intéresser à autre chose, à son père, par exemple, à qui elle n'avait bien sûr parlé de rien.

    Elle s'était contentée de le regarder peindre. Il l'avait toujours fascinée, comment pouvait-il avoir un tel talent. Sur sa toile, les tons se mariaient toujours à la perfection, et tout cela paraissait si naturel, si facile pour lui.

    Sa mère passait de temps en temps dans la petite serre et lançait quelques regards inquiets.

    Pourquoi ce gamin obsédait-il autant sa fille ?

    Etait-elle malade ? Devait-elle en parler à Arthur ? A Vincent ?

    Elle lui proposa de rester pour le déjeuner mais lorsque la petite horloge du salon indiqua midi trente, Gaëlle préféra rentrer chez elle. Il fallait à tout prix qu'elle soit devant son téléviseur pour suivre le journal.

    S'il était arrivé quelque chose à Thomas Robin, on en parlerait sûrement.

    Elle alluma le poste bien à l'avance pour être sûr de ne rien rater et ne l'éteignit qu'à la fin du générique.

    Rien !

    Elle en fut soulagée mais momentanément.......ça ne voulait rien dire, il était une star dans beaucoup de pays mais peut-être qu'ici....

    Elle pensa immédiatement à l'ordinateur et se connecta sur le site qu'elle avait découvert quelques semaines plus tôt.

    Elle trouva là toutes les dernières actualités concernant le petit acteur et il n'était pas du tout question de catastrophe. Le jeune garçon était simplement en vacances et justement au Canada. Il devait cependant rentrer dans quelques jours en Angleterre pour se préparer à la grande conférence de presse qui aurait lieu dans un hôtel de la capitale, le 26 août.

    L'avant première du film était prévue le vendredi 5 septembre (deux jours après son anniversaire) à Leicester Square à Londres.

    Tous les acteurs du film y étaient attendus et apparemment, tous les fans de Thomas Robin aussi !

    Gaëlle répéta tout bas

    -Le cinq septembre à Londres.....

    C'était bizarre, cette pensée tout au fond d'elle qui essayait de plus en plus de s'imposer. C'était ridicule bien sûr, complètement stupide. Elle allait préparer le dîner.

    Bien sûr, il était encore tôt mais il fallait qu'elle s'occupe, elle ne devait surtout pas penser.

    Elle commença à éplucher les pommes de terre....Jamais elle n'était partie seule......elle prit une casserole......elle ne parlait d'ailleurs pas anglais.....l'eau commençait doucement à bouillir.....Et puis, elle détestait l'avion.....Elle lava la salade.....Elle avait des responsabilités, son mari, l'école.....

    Elle devait y être ! C'était invraisemblable bien sûr mais elle voulait y être, elle voulait aller à Londres, elle voulait le voir, elle devait le voir, lui, le petit garçon aux grands yeux bleus, l'enfant au sourire si agaçant.

    Il fallait qu'elle s'assure qu'il allait réellement bien.

    Bien sûr, il était tout à fait impossible qu'elle parte, elle ne pouvait pas laisser son foyer.

    Que dirait-elle à Vincent ?

    Qu'il ferait bien de commencer à apprécier les surgelés puisqu'il risquait d'en manger prochainement ?

    En outre, Monsieur Pichet (à condition qu'elle fasse toujours partie de son établissement) n'apprécierait sûrement que très moyennement qu'elle prenne congé juste au début de l'année !Mais enfin....

    Gaëlle se secoua, il fallait qu'elle revienne sur terre......Elle n'irait pas à Londres ! Et de plus, elle arriverait bien à déloger ce maudit Thomas Robin de son esprit !

    Michelle Huenaerts - "Le Miroir"

     

     

     

  • Le Miroir : partie 4

     

    Le Miroir

    partie 4

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    Chapitre IV : Le journal

     

    Le matin la vit se réveiller fatiguée et d'une humeur exécrable.

    Depuis qu'elle était en vacances, Vincent avait pris heureusement l'habitude de se lever sans bruit pour ne pas la réveiller. Aujourd'hui, lorsqu'il avait quitté le lit, Gaëlle ne dormait déjà plus mais faisait semblant d'être plongée dans un profond sommeil afin d'éviter toute discussion. Elle savait que son désarroi n'était que trop visible et elle se voyait mal prodiguer des explications à son cartésien de mari.

    Elle voulait lui donner l'image d'une femme équilibrée semblable à celle de ces autres épouses qu'on rencontrait dans la vie de tous les jours, celles qui parvenaient à tout gérer, mari, enfants, travail sans se plaindre. Il lui semblait que si Vincent apprenait ce qu'elle était réellement, il ne la regarderait plus de la même façon.

    Son réveil indiquait 8h45, Le regard de Gaëlle y resta un instant accroché, pourquoi, subitement, se sentait-elle de nouveau angoissée.

    Gaëlle se secoua, il était plus que temps de se lever.

    Un passage rapide dans la salle de bains, quelques habits enfilés à la hâte, et elle quitta la maison, sans même prendre le temps d'avaler quoi que ce soit.

    La jeune femme jeta un bref coup d'œil à l'arrière de la voiture.......il y avait une légère éraflure, mais bon, ce n'était pas trop grave !

    Peut-être même que Vincent ne remarquerait rien !

     

    Oui, c'était sûr......d'ailleurs, absorbé dans son travail comme il l'était, Vincent ne remarquait jamais rien, ni ses changements de coiffure, ni ses mini jupes, rien je vous dis...rien de rien !

    Gaëlle s'installa derrière le volant, mit le contact et se dirigea vers la place de Gomezée Le Château où se trouvait l'unique librairie du village.

    Un rapide créneau pour se garer, (qui a dit que les femmes en étaient incapables) cinquante cents dans le park mètre et Gaëlle pénétra dans la boutique.

    Il n'y avait pour le moment aucun autre client à l'intérieur.

    Elle commença ses recherches avec méthode, rayon après rayon, tandis que la libraire achevait d'installer les journaux du matin derrière une étagère réservée aux best sellers.

    Gaëlle se trouvait juste derrière, elle se promit d'acheter quelques revues avant de partir car elle n'avait pas l'intention d'acquérir le dictionnaire complet des rêves et des songes au prix exorbitant qu'elle venait finalement de dénicher.

    «  Valise, ah voilà.... La valise peut symboliser l'objet dans lequel on enferme les choses ou les souvenirs indésirables, elle peut aussi signifier l'envie de changement, de vacances »

    Cette définition ne la faisait guère progresser mais au fond, elle s'y attendait.

    Elle feuilleta cependant le livre afin de retourner à la lettre « m ». Elle leva les yeux pour s'assurer que la libraire n'observait pas son manège mais celle-ci était en train d'entasser quelques magazines derrière son comptoir. Elle semblait avoir momentanément oublié sa cliente.

    Gaëlle poussa un cri, le lourd dictionnaire tomba sur le sol et la marchande sursauta. A la une d'un des journaux installés ce matin s'étalait la photo d'un jeune garçon au sourire éclatant portant un jean et un pull-over rouge ! Stupéfaite, elle lut ......

    Thomas Robin, jeune acteur révélé dans « Soleil de Juin », s'apprête à revenir en force sur grand écran dans la superproduction de John Clent « Le Miroir »

    La jeune femme se serait peut-être sentie mieux si la foudre était tombée devant elle, elle ramassa le gros livre qui ne s'était heureusement pas écorné et comme une automate, elle se dirigea vers l'objet de sa peur.

    Elle avait la sensation que toucher, même effleurer une de ces pages pouvait lui brûler la main.

    Elle restait là, incapable de faire le moindre geste, incapable de choisir entre acheter le journal ou s'enfuir à toutes jambes.

    Elle aurait sûrement choisi la deuxième solution si les jambes en question avaient accepté de lui obéir, mais elle était comme paralysée et clouée sur place !

    -Je peux vous aider ?

    La voix qui dénotait un certain agacement eut toutefois le mérite de ranimer quelque peu Gaëlle.

    -Oui.... oui, je prends ce journal répondit-elle

    Elle s'en voulu immédiatement, pourquoi avait-elle dit cela ?

    -Et le gros livre ? Continua la libraire.

    -Euh ? non, excusez moi je vais le remettre dans le rayon, il n'est pas abîmé, vous pouvez vérifier...

    Deux minutes plus tard, la jeune femme sortait.

    Elle s'assit sur un banc, près de la petite place, et réussit finalement à retrouver son calme.

    La découverte n'était finalement pas si négative.

    Elle était entrée dans une librairie pour chercher des renseignements et on peut dire qu'elle les avait trouvés ! Même si la définition qui se rapportait au mot valise ne l'avait pas convaincue, la découverte de ce journal avec ce fichu môme en couverture était incroyable ! Et en plus, il était question de miroir.

    Bien sûr, tout cela n'avait aucun sens, mais cela signifiait au moins une chose, ce garçon n'était pas né de son imagination puisqu'il vivait quelque part, qu'il était paraît-il célèbre ( Gaëlle se reprocha de ne pas lire davantage la presse people) et que d'après l'article, il adorait les pizzas et le gâteau au chocolat.

    Thomas Robin n'était donc pas un fantôme, les fantômes ne mangeaient pas de gâteaux au chocolat, elle en était presque certaine.

    Mais le fait est, que çà n'expliquait rien

    Pourquoi le film portait-il justement le nom de la chose dont elle avait rêvé et pourquoi avait-elle vu la première page de ce journal (car il s'agissait bien de la même image) dans un étang pour poissons rouges, dans le parc d'un trou perdu qui s'appelait Gomezée Le Château.

    L'article lui apprit que Thomas Robin, né sous le signe de la vierge, fêterait ses douze ans le trois septembre, qu'il vivait dans un quartier au sud de Londres, que son père était docteur généraliste et sa mère scripte sur les plateaux de télévision. C'était elle qui lui avait probablement passé le virus du monde de l'image.

    Il avait été choisi deux ans plus tôt parmi une foule de candidats pour être le héros du film « Soleil de Juin »

    L'année dernière, John Clent, réalisateur mondialement connu, lui avait offert le premier rôle du film le plus attendu de la rentrée.

    Thomas Robin avait du charisme, un petit quelque chose qui le rendait différent des autres et qui avait fait de lui, très rapidement, une très grande star de l'autre côté de la Manche. Le garçon semblait pourtant vivre les choses assez sereinement, pas de caprices, pas d'éclats, il était même un peu étonné que les gens s'intéressent à ce point à lui. Il n'avait, paraît-il, pas changé ses habitudes, il allait toujours au cinéma et fréquentait toujours ses amis.

    Le journal augurait cependant que sa vie subirait inévitablement de grands bouleversements après la sortie de la super méga production. Il y avait cependant des compensations puisque le petit acteur était devenu, grâce au cachet de ce film, propriétaire d'une jolie petite fortune, même si l'article précisait qu'il ne pourrait y toucher qu'à sa majorité.

    -Eh bien, pensa Gaëlle, je comprends pourquoi tu as l'air si heureux toi ! L'article était suivi d'une interview du réalisateur qui se disait enchanté par le choix du casting et dévoilait quelque peu l'intrigue du film.......

    Celui-ci avait pour sujet l'histoire d'un jeune garçon, joué bien sûr par Thomas Robin. Celui-ci découvrait un jour, par le biais d'un miroir, que son reflet existait bel et bien dans un monde parallèle et que ce double le prenait, lui, pour un reflet ; l'impensable se produisait alors, ils échangeaient accidentellement leur place après un événement relevant quelque peu de la magie et David (le héros) devenait prisonnier d'un monde où tout lui était inversé.

    La production promettait une flopée d'effets spéciaux. Du jamais vu !

    Gaëlle comprenait de moins en moins, elle avait l'impression d'avoir tous les ingrédients mais d'ignorer la recette qui les reliait.

    Peut-être n'y avait-il rien à comprendre dans cette histoire, elle avait été le jouet d'un phénomène inexplicable, il valait beaucoup mieux oublier tout cela.

    Mais quand même..........

    Quel était le point commun entre sa vision, son rêve et Thomas Robin.

    Surtout qu'il n'était question nulle part de valise .......

    Les pensées se bousculaient

    L'ordinateur placé dans un coin du salon fut la première chose qui attira son attention lorsqu'elle rentra chez elle. Elle essaya de l'éviter, de l'oublier puis, finalement, vaincue, elle céda à la tentation d'essayer d'en découvrir davantage sur son mystérieux mangeur de gâteaux au chocolat.

    Sa recherche lui proposa plus d'une centaine de sites de part le monde. Elle cliqua un peu au hasard.

    Les premiers qu'elle consulta n'étaient pas très développés, ils proposaient seulement une biographie et quelques photos. Elle eut plus de chance par la suite, elle tomba par hasard sur t.robin.com.

    Le site était canadien et avait l'avantage non négligeable d'être rédigé en français.

    Il avait l'air particulièrement documenté car il était même possible d'y visionner quelques vidéos relatant des évènements en rapport direct avec le petit acteur.

    Gaëlle en sélectionna une qui était consacrée à la première de « Soleil de Juin », elle avait eu lieu, il y avait presque un an, à Londres..

    Sur l'écran lui apparut une rue située près de ce qui paraissait être un petit parc, une nuée de gens étaient massée de chaque côté, canalisée par des barrières.

    Elle découvrit un nom en haut de l'image, Leicester Square, et une date, le 5 octobre.

    Des personnages, qu'elle ne connaissait pas mais qui paraissaient être connus, sortaient de grosses voitures pour se diriger vers un grand bâtiment gris foncé portant l'enseigne "Odéon "A présent, elle reconnaissait parfois un acteur ou le leader d'un groupe rock mais aucune trace de Thomas Robin.

    Elle eut tout à coup l'impression d'un mouvement dans la foule, elle entendait les gens crier et enfin, enfin ! .... Elle le vit. Il venait de descendre d'une voiture gris métallisé, il portait un costume bleu, une petite chemise blanche, il paraissait plus jeune que sur la photo du journal, mais les yeux pétillants que lui offraient les gros plans de la caméra étaient identiques, identiques également son sourire incomparable et le bonheur qui se dégageait de lui.

    Gaëlle était clouée sur sa chaise, c'était la première fois, qu'elle prenait réellement conscience que l'image du journal et sa vision correspondaient à un petit garçon réel. Il remontait doucement la rue avec peine, arrêté à chaque instant par l'une ou l'autre personne.

    Il signait un autographe par ici, répondait ensuite à une question.

    La jeune femme était hypnotisée par la scène, l'enfant était minuscule au milieu de cette marée humaine.

    Tous ces inconnus qui n'arrêtaient pas de scander son nom de toute part ......

    Le jeune garçon avait l'air de ne pas très bien comprendre ce qu'il lui arrivait, il avait l'air étonné, surpris, un peu perdu mais il rayonnait. Elle n'avait plus devant elle une image figée en deux dimensions mais un être bien vivant, capable de bouger et apparemment de déplacer les foules !

    Gaëlle comprit également que, ce jour là, Thomas Robin n'avait pu qu'éclipser toutes les autres stars.

    Etait-ce parce qu'il semblait plus simple, plus accessible que ces célébrités qui considéraient la foule avec le regard condescendant de ceux qui savent ?

    Le petit garçon, lui, ne cachait pas sa joie, il posait sur les gens et les médias ses grands yeux bleus émerveillés et semblait simplement vivre le plus beau jour de sa vie, sans pudeur et sans honte.

    Gaëlle se leva pour faire quelques pas, son regard se posa sur le grand miroir posé au- dessus de la cheminée.

    Il lui renvoya l'image de quelqu'un de triste et fatigué.

    Elle éteignit l'ordinateur en lui lançant un regard noir.

    La jeune femme se sentait subitement jalouse et envieuse d'un tel bonheur, d'une réussite qu'elle trouvait si injuste !

    Qu'avait-il fait pour mériter tout cela ?

    Il avait passé bêtement une audition, il avait tourné dans un film qu'elle n'avait même pas vu et voilà que tous ces gens l'adoraient !

    Maudit gamin ! Toutes les fées devaient s'être donné rendez-vous autour de son berceau. Cela lui donnait la furieuse envie de jeter par terre le grand vase offert par belle-maman à la nouvelle année. Mais mieux valait pourtant y renoncer !

    D'abord, se débarrasser de ce stupide journal.

    Le couvercle de la poubelle était déjà levé, elle froissa le papier et ..... et elle retint son geste.

    Non, elle ne pouvait pas, elle n'arrivait pas à s'en séparer et le comble, c'est qu'elle ne savait pas pourquoi.

    Elle s'assit à la table de la cuisine et essaya d'aplatir les feuilles chiffonnées.

    L'image du petit garçon réapparut mais elle était cette fois hachurée des plis qui résultaient du traitement qu'elle venait de lui faire subir.

    La vue du portrait abîmé provoqua chez Gaëlle un profond malaise.

    Pourquoi ? Après tout, ce n'était qu'une vulgaire feuille de papier...et de plus, maintenant, elle pensait bien détester ce gamin !

    Elle replia le journal et le cacha sous une pile de livres dans la bibliothèque, juste pour ne plus le voir.

    Elle murmura en colère.

    -Sois heureux, Thomas Robin mais ne reviens surtout plus me jeter ton bonheur à la figure !

    Elle allait oublier cette histoire de fous et peut-être même partir à la recherche des jolis petits cachets bleus que le docteur lui avait prescrits et auxquels elle n'avait jamais touché.

    Dans les jours qui suivirent, les petites pilules firent leur effet, Gaëlle se sentit même un rien trop euphorique.

    Vive la médecine !

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Miroir : partie 3

     

     

    Le Miroir

    partie 3

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    Chapitre 3 : Une valise

     

    Gaëlle avait quitté le bord du bassin en toute hâte et l'avait cherché partout. Elle passa plus d'une heure dans le parc à arpenter les allées en tout sens dans l'espoir de le retrouver ; mais elle savait que c'était inutile, personne ne pouvait disparaître aussi vite.

    Si elle ne l'avait pas vu en levant les yeux, c'était tout simplement parce qu'il n'existait pas

    Pourquoi à elle ? Pourquoi ça lui arrivait justement à elle et pas aux centaines d'autres personnes qui devaient se trouver en ce moment même dans ce parc !

    Pourquoi lui arrivait-il toujours des choses bizarres, des choses incroyables qu'on ne pouvait raconter sans se faire passer pour une cinglée !

    Quand exténuée, elle finit par s'asseoir à l'entrée, près d'une rangée de balançoires, elle pensa que décidément elle devait être ........cinglée !

    Les pensées se bousculaient dans sa tête,

    D'où venait ce gamin, était-ce un fantôme ?

    C'en était trop ! Maintenant, elle voulait vraiment quitter l'endroit au plus vite et rentrer chez elle.

    Elle avait garé sa petite voiture rouge devant la grille, elle se précipita à l'intérieur et recula si vite qu'elle érafla le bas de son pare-chocs contre une borne kilométrique.

    Gaëlle essaya de se calmer, il fallait qu'elle se calme, peut-être avait-elle fermé les yeux un instant, rien qu'un instant, et confondu rêve et réalité.

    Oui, c'était sûrement cela !

    Elle se gara dans l'allée de son jardin et remarqua immédiatement qu'un autre véhicule se trouvait déjà devant chez elle.

    -Maman ! il ne manquait plus que cela.

    Gaëlle essayait de se calmer tandis qu'elle s' approchait de la maison.

    Elle ouvrit la porte et fut immédiatement happée par une Edith qui paraissait au comble de l'inquiétude

    -Te voilà enfin ! Je t'avais pourtant prévenue que je passerais en revenant de chez Clara !

    -La fille avec qui tu prends des cours de cuisine ? réussit à murmurer Gaëlle qui décidément se sentait de plus en plus mal

    -Oui, c'est elle !Enfin, maintenant l'école est finie ! Alors forcément ça va être long jusqu'en septembre et.............

    Ça ne va pas ma chérie ?

    -Si ....si , tout va très bien ...

    -Tu es pâle comme un linge ! Tu as fait une mauvaise rencontre ?...... Où étais-tu ?

    -J'ai fais un tour dans le parc, il faisait beau et.....

    Oh ! et puis zut ! Il m'est arrivé un truc insensé !

    Et Gaëlle raconta l'histoire qu'elle s'était pourtant promis de garder pour elle.

    -Je dois te paraître complètement dingue !

    -Bien sûr que non.... Tiens, un jour , en regardant le journal télévisé, je me suis assoupie, et lorsque je me suis réveillée, j'ai bondi en entendant dans le salon une voix qui n'était pas celle d'Arthur !

    -Oublier d'éteindre la télé est une chose, maman, voir le reflet de quelqu'un qui n'existe pas en est une autre.

    -Peut-être qu'un gamin a voulu te faire une farce ? il s'est caché et.....

    -Mon reflet n'était plus là, il n'y avait que le sien !

    -Alors, tu t'es endormie un instant comme moi, et tu as rêvé.

    -Oui... bien sûr, forcément... Il ne peut en être autrement n'est ce pas ?

    Edith n'en savait rien du tout, elle se contenta pourtant de répondre :

    -Bien sur que non, ne t'inquiète pas avec ces bêtises !

    Tiens, prépare-moi un petit café !

    Le soir tombait doucement, Edith était rentrée chez elle et Gaëlle, un peu rassurée, achevait de préparer le repas.

    Il était dix neuf heures, lorsqu'elle entendit le bruit des pas de son mari sur le gravier de l'allée, elle avait toujours su les reconnaître.

    -Qu'est-ce qu'on mange ? questionna Vincent en entrant dans le salon.

    -Jambon et pommes de terre

    -Ah ?

    Vincent avait l'air un peu étonné, d'habitude, le dimanche, Gaëlle se faisait un devoir de préparer hors d'œuvres et desserts ; le menu devait lui paraître quelque peu frugal.

    Gaëlle s'empressa donc de continuer.

    -J'ai passé l'après midi dans le parc, et.... Je n'ai pas vu le temps passer.

    -Tu n'as pas à t'excuser, mon lapin ! jambon et pommes de terre, c'est parfait !

    Mon lapin... Gaëlle aurait préféré qu'il soit de mauvaise humeur, qu'il râle, cela lui aurait permis de s'énerver elle aussi, peut-être de claquer une porte, et ça l'aurait sûrement calmée.

    Mais non, rien, elle se contenta seulement de dire

    -Tu as passé un bon après-midi ?

    Je suis crevé, devoir travailler le dimanche ! Mais monsieur Leroy a une petite fortune investie chez nous, alors...

    Gaëlle faillit répondre « alors quoi ? »

    Mais elle s'abstint. Inutile de chercher la bagarre, demain elle se sentirait mieux.

    Pour une fois, rejoindre son lit lui paraissait être la meilleure solution.

    Mais voilà......

    Il était minuit, elle ne dormait pas encore et ce n'était pas du uniquement aux câlins du dimanche soir.

    Elle ne pouvait chasser de son cerveau l'aventure survenue ce dimanche après-midi. Le souvenir de ce maudit gamin ne la quittait pas.

    Cependant, la fatigue finissait malgré tout par avoir raison d'elle et la dernière pensée qu'elle eut, avant de s'endormir enfin, fut que Vincent fort heureusement, n'avait pas remarqué le pare-chocs éraflé de sa voiture, tant mieux, elle ne se sentait pas capable pour le moment de lui fournir de vagues explications. Elle bailla, se retourna et sombra doucement dans le sommeil.....

    Pourquoi faisait-il soudain si noir, jamais il ne faisait aussi sombre dans sa chambre puisque la fenêtre donnait sur le lampadaire situé de l'autre côté de la rue. Et puis, quel silence, Elle détestait cela !

    Gaëlle distingua soudain deux petits points jaunes minuscules qui semblaient se rapprocher. Elle réalisa qu'elle se trouvait dans une espèce de couloir et vit un escalier qui s'élevait sur sa gauche...

    Une chose était certaine, elle n'était pas chez elle. Il fallait qu 'elle monte ces marches au plus vite pour fuir l'obscurité.

    Un fait arrêta pourtant son élan....

    Une petite valise brun clair dévalait les marches, cela se passait comme au ralenti. Elle la voyait très nettement : une mallette avec une fermeture métallique dorée sous laquelle était apposé un autocollant jaune et bleu.

    A son grand étonnement, la valise se transforma soudain en un miroir de poche ; il dévalait à présent les marches à toute vitesse !

    Sans savoir pourquoi Gaëlle fut soudain saisie de panique, le miroir allait se briser ! Il ne fallait pas qu'il se brise !

    Il lui semblait soudain que son cœur s'arrêterait si une telle chose devait se produire.

    Gaëlle se réveilla......

    Elle était bouleversée et il se passa de longues minutes avant que son cœur ne reprenne un rythme normal.

    Contrairement à ses anciennes terreurs qui ne lui laissaient aucun souvenir, elle se rappelait parfaitement le rêve qu'elle venait de quitter.

    Pourquoi une valise et un miroir lui faisaient-ils une telle peur ? Une peur bien plus terrible que celle qui consistait à rester dans le noir....

    Tout ça n'avait aucun sens....... Que lui arrivait-il ?

    Est-ce que sa crainte de voir le miroir se briser signifiait sa peur de perdre la raison?

    Y avait-il un rapport entre ce cauchemar et sa vision de la veille ?

    Elle resta un moment assise dans son lit, la tête entre les mains.

    Comment trouver ne serait- ce que l'ébauche d'une réponse à tout cela ?

    Gaëlle pensa soudain qu'il lui serait peut-être possible de trouver quelque chose dans un livre sur l'interprétation des rêves. Pourquoi pas ?

    C'était peut-être stupide, mais il n'y avait rien d'autre à faire, à part bien sûr retourner chez son médecin...........

    Elle s'étendit sans un bruit, en priant le ciel qu'aucune autre image ne viennent troubler les dernières heures de la nuit. Et de fait, elle ne rêva plus !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Miroir : partie 2

     

     

    Le Miroir

    partie 2

    MIROIR2

    début

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    Chapitre 2 : Un reflet dans l'eau

    __________________________

     

     

    Pour débuter notre histoire, nous devons remonter le temps. Nous sommes au début du mois de juillet et l'été a, semble- t-il, décidé de prendre de bonnes résolutions et de nous épargner le ciel gris et pluvieux qu'il nous a réservé ces dernières années à pareille époque.

    Un soleil chaud, mais pas encore brûlant, inonde les campagnes de la région et il flotte dans l'air comme une envie de ne rien faire.

    Les cours de Gaëlle, à son grand soulagement, étaient terminés depuis une semaine.

    Elle enseignait la photographie depuis cinq ans au Lycée Charles Finet, un illustre inconnu pour elle, qui avait dû pourtant être célèbre un jour puisqu'il avait donné son nom à une école.

    La jeune femme était tombée officiellement malade trois fois durant cette année et pendant plusieurs jours, ce qui lui avait valu le reproche muet mais sans équivoque de son directeur, Monsieur Pichet.

    Les mots revenant sur ses certificats médicaux : fatigue, surmenage, voir dépression ne l'avait pas convaincu.

    Il semblait croire que Gaëlle était simplement tire- au- flanc et la jeune femme était certaine qu'il devait déjà penser au moyen de s'en débarrasser à la rentrée prochaine.

    Gaëlle savait qu 'elle n'avait jamais été en dépression, le médecin avait utilisé ces mots faute de trouver réellement de quoi elle souffrait. Elle était déprimée et il y avait de quoi, mais pas dépressive.

    En fait, les problèmes avaient commencé au début de l'année scolaire. Chaque nuit, elle faisait des cauchemars qui la réveillaient en sursaut le matin et la laissaient, pendant de longues minutes, complètement apeurée.

    Le problème, c'est qu'elle ne se souvenait jamais de ses rêves......

    Vincent, couché à côté d'elle, avait le sommeil trop profond pour avoir remarqué quoi que ce soit. Elle se levait, prenait une douche et descendait boire un café, alors, seulement, elle commençait à se sentir mieux.

    Mieux, mais à ce rythme là, la fatigue avait vite pris le dessus et il faut avouer, qu'instinctivement, par peur, Gaëlle repoussait le moment de monter se coucher prétextant toutes sortes d'excuses, depuis le programme TV qu'elle ne voulait absolument pas rater jusqu'à une surcharge de travail pour le lendemain.

    Les relations du couple en avaient quelque peu souffert à tous niveaux ; Gaëlle le pensait, mais Vincent, cette année, avait de tels projets d'expansion qu'il n'avait pas semblé se rendre compte de la situation ; il avait en effet fait agrandir et rénover complètement sa petite banque en achetant la maison des Dubois partis s'exiler à l'étranger.

    Vincent n'avait parlé que de cela pendant plusieurs semaines, elle, au contraire, avait gardé ses problèmes pour elle et n'avait parlé de rien à son mari.

    Un beau matin, cependant, il y avait maintenant presque trois mois, elle s'était enfin réveillée calme et reposée et

    depuis, à son grand soulagement, ses frayeurs nocturnes étaient parties et elle l'espérait, pour toujours !

     

    C'est malgré tout avec un grand soulagement qu'elle accueillait la fin du mois de juin et les congés scolaires lui apparaissaient comme une oasis espérée depuis longtemps.

    En ce début d'après midi, elle avait décidé de se rendre seule au parc de Gomezée Le Château situé à trois kilomètres de sa maison.

    Il ne restait plus de la forteresse que de hautes murailles calcinées et quelques gravats de pierres ici et là.

    Le tout avait été incendié il y a plus de trois cent ans et Gaëlle n'avait jamais cherché à savoir par qui.

    Les ruines étaient entourées d'un immense parc où toutes les familles du coin se donnaient rendez-vous le week-end quand il faisait beau.

    L'entrée était l'endroit le plus fréquenté avec son bac à sable, ses balançoires et toboggans.

    La jeune femme, elle, préférait s'enfoncer un peu plus loin, à l'intérieur, et retrouver les jardins.

    Ils étaient constitués de longues allées, bordées de chaque côté par de magnifiques massifs floraux et quelques statues de pierre.

    Un peu plus loin, on pouvait s'asseoir près d'une petite pièce d'eau où quelques poissons rouges frétillaient gaiement pour disparaître quelquefois sous les feuilles d'un ou l'autre nymphéa.

    Elle adorait cet endroit et, lorsqu'il faisait beau et que Vincent décidait de faire des heures supplémentaires, ce qui était justement le cas ce dimanche (incroyable, non !), elle prenait un bouquin ou des revues, se collait un walkman sur les oreilles et allait s'asseoir au bord de l'eau pour passer là une partie de l'après-midi.

     

    L'endroit était magnifique et Gaëlle aurait pu y prendre des centaines de photos, mais voilà, depuis déjà un moment, l'appareil ne quittait plus son étui, films, boîtiers et objectifs étaient abandonnés dans une armoire au premier étage.

    La jeune femme n'avait plus voulu y toucher depuis une certaine exposition qu'elle avait organisée au centre culturel de Gomezée le Château. Elle était très fière de ses images et avait invité, pour l'occasion, la moitié des gens de la petite bourgade.

    Vincent l'avait accompagnée en traînant les pieds. Si sa femme trouvait amusant ce genre d'activité, pourquoi pas, faire ça ou s'abonner à un club de gym, mais pourquoi l'obliger à y participer ?......

    Ses parents, eux, étaient ravis ; sa mère, Edith, était sa plus fervente admiratrice.

    Son père, qui peignait des tableaux signés de son nom  « Loiseau » et qui jouissait d'une petite notoriété dans la région, pensait que sa fille avait un réel talent.

    Edith trouvait toujours tout admirable, Arthur était plus critique mais il était également très heureux que sa fille ait choisi une voie artistique.

    Tout s'était bien passé jusqu'au discours d'inauguration.

    Puis......Ce fut l'horreur !

    Le directeur du centre arriva en effet complètement saoul et lança à haute voix qu'Arthur Loiseau avait fait des pieds et des mains pour que Gaëlle obtienne la salle d'exposition.

     

     

    La jeune femme était devenue rouge de honte, son père avait soudainement disparu derrière un panneau d'accrochage et sa mère s'était donné pour objectif d'essayer de la convaincre que tout était faux mais voilà, Edith n'avait pas su être assez persuasive et puis de toute façon, le mal était fait, elle avait l'impression de passer pour une pistonnée sans talent. Elle s'était retirée dans un coin de la salle en essayant de retenir ses larmes et de faire bonne figure aux invités mais lorsque la soirée s'était achevée, elle s'était sentie complètement vide.

    Son mari, qui avait passé la soirée près du buffet à manger et siffler quelques verres, ne s'était aperçu de rien. Gaëlle ne lui parla pas de sa peine mais lorsque l'exposition se termina deux semaines plus tard, elle déchira en mille morceaux ses photos et les abandonna dans un sac poubelle sur le trottoir.

    Depuis, et il y avait un peu plus d'un an de cela, la jeune femme s'était contentée d'enseigner.

    Elle avait pourtant eu la chance de visiter Rome et Venise, villes qu'elle avait toujours souhaité figer sur pellicule.

    La belle Venise dans les tons rose du matin, Rome à la tombée de la nuit à la lueur des éclairages artificiels qui faisaient naître comme des feux de camps au milieu des ruines. Elle n'avait rien immortalisé de tout cela, en fait, elle n'avait plus rien photographié du tout.

      

    Un père trop connu et admiré, une mère un peu trop indulgente, un mari tellement occupé qu'il semblait parfois avoir complètement oublié son existence et la blessure au cœur à la pensée qu'elle n'avait aucun talent puisqu'elle n'avait jamais remporté un seul des concours artistiques auxquels elle avait participé......

    Sa mère disait que ça n'avait aucune importance, Gaëlle pensait au contraire que ça en avait beaucoup......

    Le mieux était de ne penser à rien et de profiter de cette merveilleuse journée ensoleillée.

    Elle regardait fixement les petits poissons qui nageaient à travers son propre reflet, le reflet d'une jeune femme aux grands yeux bleus et aux longs cheveux foncés, retenus en arrière en queue de cheval.

    Elle s'attarda un instant à son image.

    C'est alors que quelque chose se produisit.

    Un autre regard, du même bleu profond, s'était substitué au sien à la surface de l'eau. Gaëlle élargit son champ de vision, ce n'était plus elle qui se reflétait dans l'étang, à la place, se tenait un jeune garçon.

    Il pouvait avoir onze ou douze ans.

    La jeune femme voyait des yeux de la même couleur que les siens et des cheveux foncés juste un peu trop longs avec quelques fines mèches lui retombant sur le front. Le gamin portait un jean largement déchiré juste au-dessus du genou droit et un pull-over rouge.

    Ce qu'il y avait de plus étonnant chez lui, c'était son sourire, il était incroyable ce sourire, à la limite de l'éclat de rire, il ne semblait pourtant nullement fabriqué, il témoignait simplement d'un bonheur immense.

    Ce garçon paraissait être, en fait, la personne la plus heureuse de la terre.

    Gaëlle en fut légèrement agacée, elle qui, en ce moment, se sentait quelque peu déprimée. Que devait-il vivre pour apparaître si confiant ?

    Elle devait malgré tout s'avouer qu'il était complètement « craquant » avec ses petites fossettes logées de chaque côté des joues et Gaëlle se mit à rêver qu'elle aurait pu être la maman d'un petit bout de cet âge.

    Elle avait cependant un peu peur de lever les yeux, un reflet heureux était déjà agaçant, alors être confrontée à un être réel... Quelque chose lui semblait cependant étrange : son propre reflet ne lui apparaissait plus !

    Bien que photographe, elle n'avait jamais été très douée en optique, mais, quand même, chaque chose à son reflet, non ? Et un reflet ne peut en chasser un autre !

    Elle décida de relever la tête, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il n'y avait pas le moindre garçon à côté d'elle.

     A suivre...... Michelle Huenaerts